La bibliographie, les écrits proposés en liaison avec l'exposition des œuvres, aident à mieux situer les sensibilités de celui qui crée, aident aussi à entrer dans les textes qui l'ont aidé à préciser ses propres réflexions, à mieux connaître les artistes dont il se sent proche.
Ce n'est pas une liste de hasard.
C'est aussi une liste limitée.ouvrages encyclopédiques - monographies - ouvrages d'expositions -
qu'est-ce que la sculpture moderne ? - l'art et la ville - l'art contemporain : essais, critique
la sculpture de ce siècle ( Michel Seuphor - éditions du Griffon Neuchâtel 1959 )
Michel Seuphor, peintre, poète, animateur et critique d'art, spécialiste de Mondrian, fait, dans son ouvrage, la somme de la sculpture de la première moitié du 20ème siècle, en France depuis Rodin, puis particulièrement en Europe de l'est, en Italie, en Grande Bretagne, qui furent de hauts lieu de création de la sculpture de cette période.
Modern Sculpture ( Herbert Read - Thames and Hudson 1964 )
un ouvrage de référence de la sculpture européenne de Rodin et Bourdelle à Fontana, Hiquily, César, Chamberlain, Pasmore...
nouveau dictionnaire de la sculpture moderne ( Fernand Hazan éditeur 1974 )
un dictionnaire qui intègre les mutations de la sculpture : " le foisonnement de recherches, l'élargissement des moyens, la diversification grandissante des disciplines, qui ont fini par disloquer l'idée classique que l'on se faisait du sculpteur. Ses matériaux ne sont plus seulement le bois, la pierre, le plâtre, l'argile... "
les dictionnaires de l'art du 20ème siècle ( édités par Larousse en 1991 et Hazan en 1992 )
Ces ouvrages présentent les artistes, peintres et sculpteurs, et aussi les tendances, courants, écoles qui ont marqué le siècle : cubisme, expressionnisme, pop'art, nouveau réalisme, art brut, minimal art, art conceptuel...
les sculptures de Picasso ( Werner Spies, la guilde du livre Lausanne - éditeur 1971 )
Ouvrage qui regroupe la quasi totalité des sculptures de Picasso, deux ans avant sa mort : les constructions cubistes dès 1912, les assemblages en fer et les modelages du début des années 30, les collages de matériaux des années 40, les céramiques dès 1948.
La peinture de Picasso a marqué le siècle. Sa sculpture, révélée plus tardivement, présente également l'ouverture de sa sensibilité exceptionnelle.Les monographies publiées par les éditions Skira, du Griffon, Hazan, Arted :
Berto Lardera
Barbara Hepworth
Henri Moore
Constantin Brancusi
Marino di Teana
Jean Arp,
Gilioli, Pol Bury, Lipsi, Marino Marini, Fritz Wotruba...Julio González ( éditions Poligrafa - Barcelone 1973 )
Catalan comme Gargallo puis Picasso, né en 1876 dans une famille d'artisans d'art, d'orfèvres, Julio González ne fut vraiment reconnu comme sculpteur qu'en 1930, quand il exposa à la galerie de France.
Julio González eut un rôle créateur dans la sculpture en fer, la sculpture d'assemblage.
Une exposition rétrospective eut lieu en 1987 à la galerie de France qui publia alors le "catalogue raisonné de l' œuvre sculpté de Julio González".
Robert Jacobsen :
Musée Rodin 1985
exposition rétrospective à l'abbaye Saint-André de Meymac en 1991
et au musée des Beaux-arts d'Evreux en 1992
Galerie Denise René.Mark di Suvero
Présentation, en 1990 à Valence, des sculptures monumentales qui occupent l'espace de la ville. Les sculptures, nombreuses, sont installées dans la ville en des lieux caractéristiques :places, carrefours, jardins. Chaque sculpture est à l'échelle du lieu, "chacune accompagne ou heurte l'architecture ordonnée ou anarchique, ancienne ou contemporaine, répond à un espace clos ou ouvert, minéral ou végétal" (CB, musée de Valence).
Cette manifestation fut caractéristique de l'intérêt de l'art dans la ville.Mark di Suvero qui a montré sa sensibilité à l'espace architectural, à l'espace urbain, au site, est intervenu dans des lieux prestigieux : en extérieur du musée Kröller-Müller en Hollande, à Paris, sur l'esplanade des bureaux de Canal+, quai André Citroën, réalisés par l'architecte Richard Meier.
La ville de Paris présenta, en 1997, ses sculptures monumentales dans les hauts lieux de la capitale : esplanade des invalides, Parc de la Villette, place Saint-Germain des Prés, Place Fontenoy devant l'Unesco.
Les ouvrages sur l'œuvre des sculpteurs, publiés lors des grandes expositions, sont caractéristiques du travail d'un artiste :
-- les expositions de la fondation Maeght de Saint-Paul de Vence ( Miro, Germaine Richier )
- les expositions de la fondation Pierre Gianadda de Martigny ( Henri Moore, Giacometti, Modigliani )Les ouvrages publiés à l'occasion des biennales de la sculpture du Middelheim d'Anvers, comme ceux publiés lors de grandes manifestations régulières d'autres formes d'art, biennales également le plus souvent ( la tapisserie à Lausanne ) sont, au contraire, des témoins de l'évolution d'un art à un moment donné de l'histoire.
Qu'est-ce que la sculpture moderne?
Analyse de l'ouvrage publié à l'occasion de cette exposition exceptionnelle de la sculpture du siècle
Sous cette appellation didactique, l'exposition de 1986 au Centre Georges Pompidou, sous la direction du commissaire Margit Rowell, prend place de façon particulièrement importante dans les manifestations françaises ayant pour objet la sculpture du siècle.
"Etudier la sculpture moderne dans sa spécificité, c'est étudier ses ruptures. au cours du xxe siècle. La sculpture devient la libre expression d'un individu dont le but est de faire de la sculpture.
Cette liberté qui l'autorise à puiser dans tous les domaines lui permettra une invention formelle, intellectuelle et spirituelle sans précédant.
Ainsi voit-on naître au xxe siècle une sculpture nouvelle ; on verra aussi l'apparition des matériaux les plus divers : plaques de tôle, carton, fil de fer, céramique, bois, tissu, déchets) ; on verra des sujets et des motifs inédits, tels la nature morte, le paysage, l'objet de consommation, le geste. On verra surtout un espace et des formes éclatés, qui ne correspondent plus au monolithe de la sculpture traditionnelle; et une pensée éclatée par rapport à ses définitions conventionnelles.
On peut dire que le fond commun à toutes ces recherches est le glissement de sens qui caractérise tout l'art du xxe siècle, y compris la peinture : d'un art de la perception à un art de la conceptualisation.
En montrant l'essentiel d'une démarche et d'une vision définies comme celles de la modernité, cette exposition a l'ambition de donner une nouvelle manière de voir la sculpture.Les premiers sculpteurs à avoir exprimé une sensibilité moderne furent Gauguin, Picasso et Matisse. Ces trois artistes se rejoignaient dans leur liberté d'interpréter le sujet en dehors des normes sculpturales traditionnelles."
( extrait du texte de présentation de l'exposition )
L'exposition se développe dans la chronologie :
- Primitivisme - expressionnisme au début du siècle, avec l'inspiration des arts d'Afrique et d'Océanie.
- Cubisme avec les premières sculptures d'assemblage de Picasso en 1912. (Laurens, Lipchitz, Raymond Duchamp-Villon... )
- Futurisme italien dans les années 1910 (Marinetti....)
- Dadaïsme dès 1918 ( Zurich, puis Paris ) avec Marcel Duchamp, Man Ray, et aussi Jean Arp.
- Constructivisme, né en Russie en 1915, qui exprimait un idéal social, politique... utopique : Tatline, Gabo, Pevsner, Schwitters.
- Figuration "archaïque" dans les années 30 : Henry Moore, Brancusi, Giacometti, Barbara Hepworth.
- objets oniriques : liaison avec le surréalisme : Calder, Ernst, Miro.
- Sculptures d'assemblage en métal soudé dès 1930, qui ouvrait vers le brutalisme de l'expression plastique et aussi le dessin dans l'espace. Les maîtres : Gargallo, Pablo Picasso, Julio González.
- Alberto Giacometti dont le style personnel, élaboré vers 1945, est une expression singulière.
- Nouveau réalisme et Pop-art : Arman, Tinguely, Christo, César, Claes Oldenburg,George Segal.
- La récupération de l'objet (Picasso, Tinguely, Louise Nevelson... ) dont la référence emblématique est "la tête de taureau" de Picasso en 1945.
- Les références à l'espace, à la surface, à la couleur : Calder, David Smith, Jacobsen, Anthony Caro. Ce sont les années 50 - 60, années où l'influence américaine se manifesta, y compris en art.
- L'art minimal : Sol Lewitt, carl André, Dan Flavin... , dans les années 60. Là encore, l'Amérique s'affirma dans des formes élémentaires, minimales. S'agit-il encore de sculpture ?
- Joseph Beuys, dont l'influence fut grande sur la création des années 60 : une expression plus symbolique et philosophique que sculpturale.
- L'Arte Povera : Mario Merz, Kounellis, Smithson... Le matériau organique par opposition au matériau industriel, matériau qui exprime les accumulations au cours du temps.
Margit Rowell, commissaire de l'exposition, évoque ses choix. Quels critères a-t-elle pris en considération pour caractériser la sculpture moderne ?
" Je n'ai pas retenu d'environnements ni d'installations.
" Je considère qu'un objet dadaïste est une sculpture parce qu'il correspond à une préoccupation formelle.
" J'appelle sculpture un objet avec lequel ma relation est une relation d'abord physique... Dans un premier temps, la sculpture fait physiquement incursion dans mon espace." Pour analyser ce que je ressentais comme la sensibilité moderne, je me suis demandé quelles étaient les priorités, les objectifs des œuvres modernes. J'ai immédiatement vu qu'aussi bien en littérature ou en musique que dans le domaine des arts plastiques, la narration, la description et la représentation n'étaient plus de mise chez les créateurs. L'art moderne, c'est l'abstraction, la conceptualisation d'une part, la recherche des formes d'autre part....
Il y a rupture dans les formes, rupture dans les matériaux, rupture dans les techniques employées."
L'Art et la Ville : Urbanisme et art contemporain -
ouvrage collectif préfacé par Georges Duby
édité par le secrétariat général des villes nouvelles et les éditions Skira - 1990." Dès ses premiers épanouissements, la sculpture fut principalement un art public et un art des villes... et le privilège du citadin fut, tout au long de l'histoire, d'accéder, par les prestiges de l'art public, au niveau supérieur de ce que nous appelons la culture."
Georges Duby.
Présentation de l'ouvrage :
"Tout au long de l'histoire, la sculpture eut une place privilégiée dans la ville. Chaque civilisation lui assigna des fonctions qui la rendirent indispensable. Indissociable de l'architecture, elle en renouvelait la signification en même temps qu'elle humanisait et hiérarchisait les besoins contradictoires et variés de l'urbanisme... Ce n'est qu'au début de ce siècle que, semblant avoir perdu toute autre nécessité qu'esthétique, la sculpture quitta l'espace public pour le musée...
Depuis vingt ans, tout a changé. La sculpture, en même temps qu'elle s'impose comme l'expression majeure de notre époque, se fait à l'échelle du paysage. En France, dans le contexte ou à l'exemple des "Villes Nouvelles", cette nouvelle sculpture a trouvé la possibilité de se réaliser.
La culture se diffusant par les musées, on ne connaissait pas encore ces audacieuses créations qu'ils ne peuvent abriter. Ce livre fait le premier bilan d'une sculpture qui, se transformant d'objet à voir" en "espace à vivre", retrouve une fonction dans l'espace public."
L'art contemporain : essais - critique
l'art et les anartistes . L'art et la rose.-...... . ..Hélène Parmelin.........1969 - 1972
Considérations sur l'état des Beaux-arts...Jean Clair......Gallimard..............1983
L'état culturel......................Marc Fumaroli....................de Fallois ..............1991
Le modernisme et son ombre.......Suzi Gablik....Thames & Hudson.....1984-1997
Artistes sans art -...........................Jean Philippe Domecq....................1994-1999
Articles de presse : "le Monde"..... 1997 : 15-02, 08-03, 03-04, 19-07 et 07-10 - 1999
"Plus on se rapproche d'aujourd'hui, moins on peut juger de façon définitive la valeur des artistes" Werner Spies, directeur du musée national d'Art moderne (Beaubourg) depuis 1997.De nombreux écrits, de nombreuses critiques, contradictoires souvent, ont évoqué, parfois avec passion, une crise de l'Art en cette fin de siècle. Le nom de Marcel Duchamp est le plus généralement cité comme "le provocateur" - provocation très forte - entraînant une nouvelle ouverture de la critique.
Le posmodernisme, dans les années 70, malgré son contenu idéologique relatif, engagea une rupture avec la modernité dans l'art, entraîna un questionnement sur les "avant-gardes" qui avaient marqué le siècle par la multiplicité, parfois la richesse, de leurs initiatives.
"Il n'y a pas de progrès en art ": thèse souvent affirmée et assez généralement reconnue.La responsabilité le plus souvent avancée par les critiques quant à l'évolution de l'art - la peinture étant la principale expression - est celle du marché de l'art.
Une autre responsabilité, d'une tout autre nature, serait que " l'Art contemporain soit devenu en France l'idéologie officielle de la délégation aux arts plastiques, de ses FRAC et de ses vedettes attitrées " (Marc Fumaroli, de l'académie française - le Monde 8-3-97 dans un article intitulé : "Ni dictature du marché, ni empire d'un art officiel" )La thèse première est celle de l'influence du marché de l'art et de ses mécanismes divers et le plus souvent pernicieux : on retrouve cette thèse dans de nombreux écrits (articles de presse, livres) d'auteurs qui comptent dans le milieu des arts plastiques.
Marcel Duchamp, en 1961 déjà, disait : " notre époque n'a rien produit, au grand sens du mot, surtout à cause de l'immixtion du commercialisme " (cité par JL Chalumeau , critique d'art - le Monde 3-4-97)
Dans ce même article, JL Chalumeau, tout en reconnaissant le rôle des fonds régionaux d'art contemporain (FRAC), abordant la question de la responsabilité de l'Etat dans l'art , écrit :" les dénonciateurs de ce qu'ils appellent l'art officiel n'ont pas tout à fait tort quand ils dénoncent la nouvelle nomenklature des responsables de haut niveau ( musées et centres nationaux d'art contemporain), accusés de se soumettre à une absurde mode internationale le plus souvent venue des Etats-Unis.
Il est évident que ce groupe de responsables a privilégié, depuis une quinzaine d'années, un certain ésotérisme nihiliste... Le problème, pour l'artiste contemporain, est bien là : s'il veut faire carrière, c'est à dire être invité à exposer dans les grandes institutions, il doit absolument être "approuvé" par les conservateurs et assimilés"
L'art et la rose : dans son ouvrage (1971), Hélène Parmelin, écrivain, compagne de l'ami de Picasso, le peintre Edouard Pignon (mon compagnon de vie, d'amour et de peinture - histoire de madame H.P.), attaque avec humour - et avec passion - "le non-art", les "anartistes", terme de son précédent ouvrage :
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" N'importe qui peut faire n'importe quoi à condition que le lieu ou il le fait soit dévolu à une exposition... ou alors partout, à condition de prévenir la presse... on peut... on peut... on peut exposer un espace abstrait délimité par une ficelle ; ou la ficelle elle-même ; ou la description de l'espace et de la ficelle... on peut...".
Elle aborde aussi, bien sur, la question de l'argent et des marchands :
" L'argent, inutile de trop s'y étendre, même si depuis des siècles et de mille façons, il se mêle de tout. Il commande, il demande, il s'arroge le droit, il mécène dans les meilleurs des cas, il trafique, il joue, il cote... finalement, la place qu'il tient dans l'art devient étouffante."
Considérations sur l'état des Beaux-Arts - (Gallimard 1983) : l'auteur, Jean Clair, a été conservateur au Musée national d'art moderne (Beaubourg). Il est maintenant directeur du Musée Picasso. Jean Clair est un observateur privilégié de l'art actuel.
Le sous-titre, "Critique de la modernité".
" Peu d'époques comme la nôtre auront connu pareil divorce entre la pauvreté des œuvres qu'elle produit et l'inflation de commentaires que la moindre d'entre elles suscite... multiplication à l'infini des variations sur le presque rien.... plus l' œuvre se fera mince, plus savante son exégèse."
" Depuis vingt-cinq ans, où sont donc les grandes réalisations plastiques qui témoigneraient de notre époque ? Pourquoi ne voit-on plus guère dans les musées d'art moderne qu'insignifiance, formalisme, intellectualisme vide ou dérision ? "
" L'insignifiance de l'œuvre en soi - draps rayés de Daniel Buren, entassement de feutre de Robert Morris, etc.- est telle qu'elle court le risque de passer inaperçue d'un public profane. Ce sont alors les procédures d'une muséographie sophistiquée qui, pour un instant, la sortiront de son néant "
" Le refus de la jouissance visuelle reste un chapitre à écrire de la sensibilité moderne."
Le modernisme et son ombre - (1984-1997) : Suzi Gablick est critique d'art anglaise. Son champ d'intérêt est international. Son essai est une mise en accusation forte de l'art d'aujourd'hui.
" La crise de la modernité se confond avec la crise spirituelle de la civilisation occidentale, avec l'absence de croyance en une quelconque transcendance."
Et Suzi Gablick aborde le problème des artistes, aux Etats-Unis plus qu'ailleurs encore, pour lesquels ...
"succès et sécurité jouent un rôle important dans leur imaginaire... dans un conformisme ambiant impérieux, et qui ont appris à se conduire selon les règles établies pour mener à bien leur carrière."
"Avec l'époque postmoderne... la grande période du modernisme n'est plus.
Le modernisme a toujours impliqué la négation de l'ordre bourgeois : refus du succès facile, rejet des valeurs marchandes et foi dans la révolution permanente qui se bat contre la tentation du conformisme.
Or, le postmodernisme est l'abandon de toute vision morale...
Warhol : la meilleure image de l'artiste contemporain."" Le besoin constant de nouveau, caractéristique de l'économie de marché, est particulièrement défavorable à la création de valeurs authentiques et durables."
" Le modernisme a-t-il échoué ?" : c'est le chapitre de conclusion de l'essai de Suzi Gablick.
" L'art ayant rompu avec ses traditions devait s'inventer dans chaque nouveau style considéré comme un commencement absolu... or, pour se perpétuer, une société doit aussi avoir des valeurs qui résistent au changement.
Seule une perspective historique nous permet de comprendre aujourd'hui à quel point la tradition et l'autorité sont nécessaires, fût-ce pour fournir à l'avant-garde un objet de révolte.
Soulever la question de l'échec de l'avant-garde revient, en fait, à se demander si le rejet de la tradition se justifie pleinement. Peut-être sommes nous allés trop loin."
Artistes sans art - éditions Esprit ( 1994-1999 )
Misère de l'Art - Calmann-Lévy ( 1999 )Jean-Philippe Domecq est romancier et critique d'art.
Il est intervenu , en 1997 et 1999, dans les échanges critiques qui se sont développés dans le journal "le Monde" et auxquels ont participé Marc Fumaroli, académicien, Jean Clair, directeur du musée Picasso, Jean-Luc Chalumeau, critique d'art, Jean-Jacques Ailagon, président du Centre Pompidou et Philippe Dagen, du journal "le Monde"."Des conservateurs en art, il y en a, et il y en aura toujours, certes, mais à l'académisme passéiste s'est ajouté aujourd'hui l'académisme du contemporain pour le contemporain."
"Crise ? Trop d'œuvres modernes et contemporaines imposent en effet ce constat qu'il y a impasse"
JPh Domecq examine la responsabilité de la critique d'art, le facteur institutionnel en France, puis le discours théorique sur l'art, discours de certains artistes (Bernar Venet est cité), et surtout des critiques ; le marché de l'art, son explosion dans les années 80, la crise des années 90, les marchands, la relation du marché de l'art avec l'effet pernicieux, en économie, de la priorité du marché financier sur l'investissement productif, l'accélération du rythme des vagues des avant-gardes à partir du cubisme qui en fut la première grande manifestation "quinze, dix, six, quatre, deux années à la fin des années 70", puis, l'ère du postmoderne.
JPh Domecq engage alors des polémiques franches contre des artistes particulièrement représentatifs de l'anti-art et aussi contre tout l'environnement médiatique qui les encense... par faiblesse, suivisme, conformisme du milieu.
"Un échantillon de bêtise moderne : la fortune critique d'Andy Warhol"
Le titre dit bien ce qu'il souhaite dire."La très nécessaire rétrospective (d'Andy Warhol) qui, de New-York atterrit à Paris (en 1990) via Londres, Cologne et Venise... au centre Pompidou 800 000 individus sont allés subir ça parce qu'il le fallait, et en sont sortis convaincus d'avoir vu de l'art.
Personne n'eût osé dire que la rétrospective Warhol l'avait assommé d'ennui. Qu'une foule ait défilé pieusement devant pareils chefs-d'œuvre, cela restera comme une des grandes images d'endoctrinement culturel de notre temps.
L'exposition, venue du MOMA et de cités aussi prestigieuses que Londres, Cologne et Venise, arriva précédée d'une rumeur de mondanité internationale, d'une campagne de presse parfaitement orchestrée. Comment aller seul contre un tel consensus ? "Autre expérience en milieu d'art : Buren.
Buren a écrit, beaucoup :" Trois forts volumes de cinq cents pages où se confirme que Buren fut une parfaite incarnation de ce qu'il faut bien nommer le truand intellectuel...
Lui, l'idée ne l'effleure pas que ses bandes de 8,7 cm qu'il nous débite depuis des décennies sur trois tons et en tous lieux, c'est la preuve que "peu importe le travail qui est fait", seule comptant la signature de l'artiste...
Si ses rayures sont du travail, il est assurément plus proche du taylorisme à la chaîne que de l'esprit d'initiative. Par contraste avec le peu d'initiative qu'il a mis dans son œuvre, la dépense mentale qu'a du effectuer Buren pour imposer pareil gadget révèle un réel génie commercial."JPh Domecq évoque ensuite les colonnes du Palais royal, les péripéties politiques, comment Buren a "ficelé" Léotard, nouveau ministre de la culture qui , pour prouver sa "libérale modernité", n'a pas senti possible de dire non après la commande de son prédécesseur Jacques Lang ; il évoque aussi l'incidence architecturale : les colonnes, par leur insistance, effaçant les perspectives.
Dans les chapitres suivants, JPh Domecq poursuit son parcours critique : Jean Pierre Raynaud, Klein, Sol Lewitt, Buraglio, Villeglé... puis Boltansky et ses œuvres de mémoire... puis le rôle de Léo Castelli, "l'intelligence commerciale du futur roi des marchands d'art".
Tout autre est l'étude sur l' œuvre de Giacometti."
Giacometti était modeste, une grande qualité, une qualité rare chez les artistes objets des précédentes critiques de JPh.D.
Une conclusion, un texte que l'on pourrait sans doute transposer en d'autres lieux, à d'autres époques, qui peut s'appliquer aux créateurs et au grand art en général :
Pour Paul Valéry, l'Italie, du XIVe au XVIIIe siècle, réunit les conditions intellectuelles et matérielles qui permirent aux artistes de s'élever au niveau le plus élevé. Telle est la thèse qu'il développe dans son préambule au catalogue de l'Exposition de l'art italien, De Cimabue à Tiepolo (Paris, Petit Palais, 1935) :
"Dans cette Italie, de Cimabue à Tiepolo, s'élabore toute la tradition de l'art plastique européen. Il y a de grands artistes en d'autres lieux; mais c'est en Italie que s'opère le grand œuvre: la jonction avec l'antique, et cette extraordinaire alliance de la culture la plus étendue avec l'art et sa pratique, que réalisent quelques hommes incomparables. Ceci demandait un milieu et des circonstances inouïes. Il y eut en Italie, au moment qu'il fallut, une fermentation de vie et d'idées, dans laquelle se mêlaient la toute-puissance avec l'anarchie, la richesse et la dévotion, le goût éternel et la sensualité, le raffinement et la violence, la plus grande simplicité et l'ambition intellectuelle la plus audacieuse, - enfin, presque tous les extrêmes de l'énergie vitale et mentale réunis..."
Paul Valéry et les Arts - Acte Sud 1995