Donner vie à l'imagination Lascaux 1983 - 24 x 43 x 15
clic image pour agrandirLa sculpture.
le matériau, les formes,
puis des idées, une sensibilité,
qui les transcendent : l'œuvre.Comment donner vie à l'imagination ?
A l'origine, le matériau.
Par tradition familiale
je me sens proche du fer.
Mais c'est plus la ferraille qui m'intéresse,
le fer qui a déjà vécu une vie :
formes inattendues,
reflets d'une peau fatiguée, hasards,
en font un matériau chargé de mémoire,
un matériau vivant.
La recherche de la ferraille, du déchet,
de l'objet, de l'outil, déformés, abandonnés,
mobilise l'attention, tient l'imagination en éveil.
C'est le départ d'une participation à l'œuvre.
Alors, la démarche se dégage
dans l'hésitation et le doute, progressivement.
Sans a priori une idée-force se confirme :
Avec presque rien,
un presque rien que l'imagination révèle,
exprimer une force, une évidence.
Tous les espaces de création sont alors ouverts :
figures, symboles,
références culturelles, archéologies,
dessins dans l'espace, forces d'architecture.
Ma démarche rejette de façon absolue le système,
elle conduit à la recherche de la simplicité.
" Le simple n'est pas le pauvre "
( Brancusi, Le Corbusier, Cocteau...)Le simple est un aboutissement
qui se dégage de la complexité,
du désordre, de la confusion, du chaos.
Le simple exprime l'essentiel, l'évidence, la pureté.
Puis la pensée créatrice s'impose,
la démarche s'élève,
une philosophie se précise :
Affirmer la franchise et la simplicité.
Aider le presque rien à exprimer une force.
Faire accéder le délaissé à la dignité.
La sculpture - la peinture aussi, bien sûr -
peut faire plus qu'intéresser l'œil.
Elle peut aider, à sa place et modestement,
à faire passer un message.
Triptyque 80 x 240 - 1980 - MD
Réfléchir à ma démarche, mieux la cerner et la préciser,
m'a apporté la confiance et l'optimisme nécessaires à la création.Longtemps, mon intérêt pour les arts plastiques resta de l'ordre du contemplatif, de la participation extérieure.
J'étais un visiteur des musées parisiens, des galeries de Saint Germain des prés, des expositions du Grand palais, de Beaubourg dès son ouverture, des musées de la ville de Paris, des manifestations artistiques de la capitale. Mes buts de vacances ont souvent été culturels : les musées d'art moderne de Saint Etienne, Dunkerque, Villeneuve d'Ascq, de Grenoble..., la fondation Maeght à Saint-Paul de Vence, et aussi Amsterdam et Kröller-Müller, Bâle, Berne. J'ai été un assidu des biennales de la tapisserie de Lausanne, et de sculpture du Middelheim à Anvers. J'ai fréquenté les grandes expositions de la fondation Pierre Granada à Martigny : De Stael, Brancusi, Giacometti, Henri Moore... J'ai passé plusieurs jours à Valence - la Valence de la vallée du Rhône - en 1990, lors de l'exposition sur les places et dans les jardins de la ville, des sculptures de Di Suvero, un grand artiste sensible aux espaces urbains...J'ai toujours recherché et apprécié les contacts avec les artistes.
La création plastique m'intéresse.
Dans les années soixante-dix, une plus grande disponibilité aidant, j'ai ressenti que mes relations avec le milieu des arts plastiques ne pouvaient rester des relations exclusivement extérieures, que pour apprécier pleinement le travail des artistes, il fallait que je m'implique, que je ne sois pas seulement un spectateur, mais aussi un acteur.
Pour savoir, pour sentir, pour entrer en profondeur dans une réalité, il faut faire.
J'ai osé peindre.J'avais des admirations : pour Picasso, bien sûr, il est à lui seul la modernité sous toutes ses formes ; pour Matisse, la puissance des couleurs, pour Fernand Léger, sa force réaliste ; pour Delaunay qui a su introduire le mouvement dans la peinture ; pour Mondrian, la rigueur, l'équilibre, l'architecture de la composition ; pour de Staël, Sam Francis, Joan Mitchell...
Sans doute étais-je trop influencé par les œuvres des artistes que j'appréciais. Je sentais où j'aurais voulu aller - formes, couleurs, composition -, mais je ne réussissais pas à me libérer. Je ne parvenais pas à m'exprimer de façon originale, personnelle. Je ressentais la présence, l'influence... de Soulages, de Staël, Sam Francis..., de peintres dont la force, la personnalité, s'imposaient.
Je m'intéressais à la peinture, plus encore à la sculpture : la troisième dimension, l'espace de l'œuvre, attirent l'architecte. Je venais de voir une exposition des masques de Julio González à la galerie de France à Paris. C'était en 1978, ce fut le départ de mon travail de sculpteur ; je sentais la voie que je pourrais prendre pour être moi-même, pour être libéré dans la création. L'acier, la sculpture d'assemblage, seraient cette voie.
Je pourrais être un sculpteur autonome.
Notre siècle a eu de grands sculpteurs : J'évoquais González, un artiste modeste et de grand talent ; il était orfèvre, forgeron d'art, un Catalan, un ami de Picasso qui fut lui-même un sculpteur dans les registres les plus divers.
Les sculpteurs qui m'ont marqué : Brancusi, la recherche de la pureté ;
Arp, dont la sculpture sensuelle, tactile, appelle la main ;
Henri Moore, Barbara Hepworth, grâce à qui la Grande Bretagne fut un haut lieu de la sculpture du siècle ;
Giacometti le poète malheureux et Miro, le poète heureux, joyeux ;
les constructeurs, Robert Jacobsen, Marino di Teana...
Pour tous, j'ai beaucoup d'admiration.Picasso - la tête de taureau - m'a apporté le matériau, la démarche, l'esprit :
" Devinez comment j'ai fait cette tête de taureau ? Un jour, j'ai trouvé dans un tas d'objets, pêle-mêle, une vieille selle de vélo juste à côté d'un guidon rouillé de bicyclette... En un éclair, ils se sont associés dans mon esprit... L'idée de cette tête de taureau m'est venue sans que j'y aie pensé, je n'ai fait que les souder ensemble. "
Brancusi m'a confirmé dans ma sensibilité et ma philosophie :
" La simplicité n'est pas un but dans l'Art, mais on arrive à la simplicité malgré soi, en s'approchant du sens réel des choses "
La sculpture d'assemblage me libérait de la contrainte d'habileté dans l'exécution de l'œuvre, elle n'exigeait pas de formation longue, besogneuse, elle me permettait la spontanéité dont je ressentais l'exigence. La sculpture d'assemblage fait intervenir des moyens modestes, elle sollicite l'imagination, elle permet un champ très large d'ouvertures.
La pratique de la sculpture m'a aidé à développer ma réflexion sur l'art dans l'espace, lié à l'architecture, à la ville, au paysage, au site, un art qui devrait être très présent pour sensibiliser à la culture, renforcer l'identité du citoyen, lui donner la fierté de sa ville, de son lieu de vie.
La pratique de la sculpture, les relations avec les sculpteurs, m'ont alerté sur le fait que l'artiste doit en même temps être libre pour exprimer sa personnalité, et sensible à l'espace, à l'architecture, au public. L'artiste, quand son intervention est publique, doit se sentir responsable, ce qui n'exclut pas sa liberté. Son œuvre est une affirmation, elle se situe dans un lieu, elle doit être accueillie.
Mes relations plus intimes avec le milieu des arts plastiques, pas seulement des relations de proximité, des relations extérieures, mais une pratique personnelle, renforcèrent mon intérêt pour l'art, et particulièrement pour l'art dans ses rapports à la société.
Depuis toujours, je ressentais que l'architecture ne peut être dissociée de la ville ou du site.
Ma pratique des arts plastiques, de la sculpture m'a, de plus, convaincu que l'art devait participer à la vie urbaine, qu'il avait à jouer un rôle de ponctuation de l'espace, de repère sécurisant, un rôle de valorisation d'image, d'éveil culturel et de fierté pour les habitants.